Le nouveau western

eric valz

Les nuages n’auront jamais traversé aussi vite, comme dans un film de John Ford, toute l’amplitude de notre beau ciel d’Ile-de-France. Dessous, la lourde et lente caravane des émigrants stoppe. Les chariots font le cercle sous les assauts répétés des Indiens et bâtissent comme baptisent, en s’enfonçant dans les pavés disjoints par leur charge, la place Vendôme. Ils tentent de résister aux Apaches, avides non pas de scalps mais de dividendes. Dans ce monde sauvage, les femmes sont dures. Et du chariot Boucheron déborde la complainte de Peggy Lee, « Johnny Guitar », mimée par la bouche rouge carmin de Joan Crawford… Elle chante Joan, sous les traits de Marlène, en livrée sous-ensemble noir et parure Satine sur le billard (cf. Photo) du saloon. Elle chante les muses de la gaîté parisienne à faire rougir les oreilles de Maureen O’Hara. Qu’elle était verte, encore, ma vallée chez Van Cleef & Arpels, au point d’être peuplée de fées. Ou de bêtes à bon dieu, ailleurs. Et comme dans un autre chariot, encore, chez Fritsch (Chaumet), que la mer est bleue sous DA Doc Giraud aussi avide de liquide que le Holliday, mais le premier de grand bleu. Partout, on cultive et on fructifie. L’air est même embaumé d’une fragrance maison sous le joli nez et minois de Mathilde Laurent (Roadster chez Cartier).

edito51article4Nos joailliers sont comme les paysans de Ford, des antihéros et ce, qu’ils soient sud-afs, saxons ou frenchies, bataves, ricains ou ritals, péquenots ou enchantés de la particule des nobles. Tous des exilés, en somme, et qui ne cultivent que pour faire naître, agrandir, posséder. Y a même en luxe une générosité tranquille qui déborde au moins une fois par siècle en bagarre homérique (la querelle du luxe au XVIIIe… la mort de l’art déco au début du XXIe) et touche au grandiose. « La vastitude du propos nous sauve », pour paraphraser Bertrand Tavernier in la réédition d’ « Amis américains ». Celle d’une épopée collective tout entière tournée ici sur la création. Et qu’on ne s’inquiète pas. Face à cet endroit où tous les cultes sont admis, les Indiens, forcément, reculeront… On attend un Alain Terzian (patron des Césars), complice de Chaumet, pour en restituer la beauté. On refait la scène ? Celle d’une saga d’errances intellectuelles et artistiques, perdues souvent dans les facettes des cailloux, et qui restent malgré tout fidèles à elles-mêmes, car porteuses de gemmes.

Archives

e51-1pt« LA BELLE EVASION, PUBLICIS ETNOUS, HERMES PRINTEMPS-ETE 2009 - Une chose est sûre, sur le territoire d’Hermès - la poésie - on n’achèvera jamais les chevaux. Et ce pour plusieurs raisons révélées, conscientes, ou non. L’équus caballus transporte depuis toujours nos plus jolis rêves. A preuve, il est la monture du messager des dieux (Hermès). Chez Freud aussi, il est l’énergie vitale, la libido. Son galop est notre forte envie de vivre. En selle et shootée en avant-main, la vie du top Angela Lindvall (IMG Models), sous l’œil de Darius Khondji, est maîtrisée, domptée, comme celle de la consommatrice Hermès. Qui peut même se laisser aller à quelque facétie ou monte pour le moins originale, emportée, aventureuse et confiante (en cliquant sur le visuel). Et quant on appréhende l’intérêt d’Hermès pour l’Inde, force est de rappeler que l’un des avatars de Vishnou est le cheval comme lié à Indra, divinité de la guerre… Comme d’hab, Le DC de Publicis Etnous, Philippe Chanet (achat d’art : Marie Granelli, stylisme : Samuel François) n’a pas oublié qu’Allah, lui-même, créa le cheval à partir d’une pincée de vent.

Eric Valz

e51-2PHILIPPE GALLOCHER, ROBINSON, LONGCHAMP PRINTEMPS-ETE 2009 - L’agence Robinson épouse une gémellité légèrement saphique pour la campagne printemps-été 2009, en phase avec les standards de la com mode haut de gamme. Sauf que là, ça décoiffe. Surtout après l’anniversaire de ses soixante ans et le shoot Mert Alas et Marcus Piggott (cf. « CB News Spécial Luxe » n°994, du 8 décembre 2008, p.  68 : « Longchamp défie son temps »). Comme son explication versus Vogue (cf. même n° « Spécial Luxe », p. 22 : « Crime of the Century »), où « l’on inscrivait - avec Gaspard Ulliel - la mémoire personnelle dans un référent collectif ». Là où, aujourd’hui, « CB News » voit la naissance d’un nouveau centaure ou animal mythique, voire le retour de la représentation « équidée » en visuel (abandonnée dans le logo), Philippe Gallocher, DA de Robinson, n’y saisit qu’un hasard formel. Quoiqu’il en soit des intentions de la direction artistique ou du photographe, force est de constater qu’on a sellé ici la Moss pour le meilleur. Photographes : les mêmes que pour la campagne N&B hiver 2008. DA : Philippe Gallocher et Monica Pillosio (stylisme) ; achat d’art : Pauline Podolier et Marina Morfoisse ; à cheval sur la Kate : Sasha Pivovarova (IMG Models).

Eric Valz

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e51-3ptCAYENNE DIESEL, PORSCHE, TUNISIE - Porsche France avait choisi la Tunisie pour présenter le nouveau Cayenne Diesel (la poupe en cliquant sur la vignette). Pourquoi la Tunisie ? D’abord parce que les routes y sont belles, les paysages aussi, et que les vertes et pluvieuses régions montagneuses du Nord sont propices à l’essai du V6 d’origine Audi. A défaut d’avoir la noblesse d’un Flat6, ce moteur est en tout cas nettement plus agréable à conduire que le V6 essence d’entrée de gamme des Cayenne. D’autant que les seules améliorations apportées par les ingénieurs maison au propulseur concernent l’insonorisation. Réussie : impossible de l’intérieur de savoir que l’on roule au mazout. Quant aux quelques pistes empruntées elles permettent de confirmer que le Cayenne est vraiment un véhicule tout-terrain, même si peu de propriétaires s’en aperçoivent. L’autre raison du choix tunisien est que l’importateur de la marque est un très proche du pouvoir. De quoi expliquer que l’essai se soit déroulé sous la haute protection de la police, présente tout au long du parcours. Très sûr.

Fréderic Roy

e51-4ptLA PURETE, ZADIG & VOLTAIRE - La question de l’unisexe se pose toujours en parfumerie. La marque Zadig & Voltaire a choisi cette voie avec une fragrance pour lui et pour elle inspirée par l’histoire d’un ange déchu (les anges n’ayant pas de sexe !). Clin d’œil à Voltaire et à la littérature, le flacon opte pour la forme d’un livre et intitule le premier tome « La Pureté », le tout dans une conception blanc immaculé pour symboliser la naissance de l’ange (face visible en cliquant sur la vignette). Dans la composition, une voie lactée de notes lait et muscs blancs entoure le patchouli. En vente dans les boutiques Zadig & Voltaire.

Antigone Schilling

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e51-8S/S 1989-2009, CARMEN FREUDENTHAL, ELLE VERHAGEN, MILAN - La Hollande est aussi l’autre pays de la photographie avec le travail de vingt ans de mode mis en scène sous l’œil de Carmen Freudenthal et de la styliste Elle Verhagen. Les deux commères ont étudié à la Rietveld Academie d’Amsterdam et ont travaillé plusieurs années dans le studio de Bernard Willhelm où elles ont donné une touche de fantaisie aux look books et dans l’orchestration des défilés. Leurs photos expriment un humour surréaliste dans un style qui utilise différentes techniques pour créer un univers imaginaire et poétique. Après avoir exposé en Hollande (Kröller-Müller et Stedelijk Museum), elles présentent S/S 1989-2009 (Spring-Summer) à Milan, du 4 mars au 18 avril. Dopolavoro Via Morimondo 2/7.

Antigone Schilling

e51-5WIEBKE BRAASCH, IKEA PS - Tous les trois ans, et ce depuis 1992-1993, Ikea exprime son point de vue sur le design en réunissant le meilleur de ses créations sous label Ikea PS. PS comme post-scriptum… Parce qu’on est toutes des princesses, on aime les lits de princesses. Wiebke Braasch l’a bien compris et innove le genre chez Ikea avec le lit Véranda. Inspiré des vérandas ornant les maisons traditionnelles suédoises, en pin massif teinté et vernis pour donner ce côté cabane. A utiliser en lit ou en canapé, d’une hauteur d’un peu plus de 2 mètres sur 132/212 cm, comptez 549 € pour cet océan de confort. www.ikea-ps.fr

Cécilia Blachas

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e51-6ptMARCUS ARVONEN, IKEA PS - Soufflez sur le pissenlit et faites un vœux, une lumière éclairera alors votre intérieur, bienvenu dans l’univers de Marcus Arvonen… Maskros, 80 cm de diamètre, ce qui est relativement impressionnant pour un pissenlit et déjà un beau morceau pour une suspension. Elle diffuse une lumière toute douce qui rappelle celle de l’éclairage à la bougie, comptez 79 € pour cette lumière poétique. www.ikea-ps.fr

Cécilia Blachas

e51-7MARIA VINKA, IKEA PS - Tout droit sortie d’un conte de fées, ce chapeau géant (52 cm de diamètre) a reçu un coup de baguette magique de la part de Maria Vinka qui l’a détourné et retourné pour en fabriquer un joli panier. Mössa est en papier non blanchi et ne coûte que 19,95 €, à vous de jouer aux contes de fées après ça! www.ikea-ps.fr

Cécilia Blachas

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e51-9PROMENADE DES AMOUREUX, CARLA MILESI - Pour célébrer la Journée de la femme, le retour du printemps et le cortège d’amoureux qui l’accompagne, on peut se poser sur les bancs publics installés place du Louvre, à Paris, pour regarder se bécoter les sculptures de Carla Milesi. Couples, promeneurs solitaires, amoureux potentiels, tous les personnages de cette artiste italienne créent une exposition gaie et facile d’abord. On y croise des tranches de vie simples et des brèves sentimentales en deux dimensions car figées dans des plaques de ciment léger et coloré qui dessinent une agréable déambulation autour et au sein de la mairie du 1er arrondissement.

Carla Milesi, du 6 mars au 20 avril. Mairie du 1er, 4, place du Louvre, 75001 Paris.

Anne Melcer

e51-10ptHAPPY DAYS, BENEDETTA MORI UBALDINI - Cortège de loups calmement mené par le Petit Chaperon rouge (en cliquant sur la vignette), nuages douillets où perchent des corbeaux, lapins sagement installés sur leur séant : tout est tranquille et doux chez Benedetta Mori Ubaldini. Tranquille, doux mais inexorable, comme si les ombres créées par l’artiste italienne traversaient ou hantaient notre espace sans nous voir, véritables maîtres de lieux que nous pensions nôtres. Vidées de leur substance matérielle, ces silhouettes en fil de fer heurtent par leur densité, leur gravité, leur angoissante présence en creux : une simple trame de cape suffit à incarner un Petit Chaperon rouge sang, mouvant et silencieux. Ici, aucun regard, aucun trait, juste la présence pesante de personnages dormants que l’on redoute de réveiller.

Happy Days, jusqu’au 21 mars. Fat galerie, 1, rue Dupetit-Thouars, 75003 Paris.

Anne Melcer

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e51-11NOSOTROS, JAUME PLENSA, ARTPARIS - En préambule traditionnel à la foire d’art contemporain Artparis (qui se tiendra du 19 au 22 mars), le Grand Palais accueille sur son parvis une magistrale sculpture, totem et point de ralliement pour tous les visiteurs de la foire. Et, comme chaque année, l’installation de cette pièce monumentale est l’occasion d’un petit événement ouvert à tous ceux qui sauront se lever suffisamment tôt pour assister au dressement de Nosotros, titan d’acier ajouré de 5 mètres de haut du sculpteur Jaume Plensa. Rendez-vous le 6 mars sur le parvis du Grand Palais, avenue Winston Churchill, 75008 Paris.

Anne Melcer

e51-12ptRON ARAD - « NO DISCIPLINE » - Touche-à-tout génial, Ron Arad navigue (tangue) entre design, architecture et arts plastiques. La rétrospective du Centre Beaubourg présente un ensemble très complet des travaux du créateur britannique. Des pièces majeures aux prototypes, des séries limitées aux objets de production industrielle, maquettes d’archi, vidéos… Ron Arad est une figure iconoclaste de la création contemporaine en recherche constante de nouvelles technologies, jouant avec les possibilités limites de la forme et de la fonction, proche du déséquilibre, avec la stabilité, peut-être, du funambule… amoureux de l’elliptique, du sinusoïdal, de l’ovoïde, bondissant tout petit sur l’anneau de Mœbius, il crée de grosses nouilles al dente, à l’encre marine (de seiche), formes molles (Matching), chaise longue, éclectique, à porteur, musicale, à bascule… Le « Big Easy Volume 2 », en acier poli, sorte d’énorme tête de Mickey sur laquelle poser son séant, embouti dans un bloc de métal d’une seule pièce. Miroir déformant reflétant et fantasmant le décor environnant en subtile abstraction. Ou encore, la « Box in Four Movements », 4 sections en acier inox reliées entre elles par des charnières. Le « Cube », lorsqu’il est replié sur lui-même, se transforme en chaise ou en table basse et se fige en n’importe qu’elle position répondant alors au plus près à vos préoccupations du moment.

Ron Arad « No Discipline », Centre Pompidou, Galerie Sud, niveau 1. Place Georges Pompidou 75004 Paris. www.centrepompidou.fr Catalogue « Ron Arad No Discipline », Editions du Centre Pompidou. 220 pages, 34,90 €.

Gérard Valat

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e51-13ptCONCOURS KUB OR, BENJAMIN MORIN - La création de Benjamin Morin pour le concours Kub Or (dotation : 10 000 € et édition de 230 000 boîtes diffusées en linéaires aux fêtes de fin d’année, hors présence en juillet 2009 au Drugstore Publicis) aura pratiquement fait l’unanimité du jury du concours 2009, composé d’un parterre de têtes pensantes de la marque comme de journalistes à l’appétence design ou culinaire (dont votre serviteur) dans une cantine de Guy Savoy. Une création qui se sera résolument détachée des autres par son trait résolument design, doublé d’un concept publicitaire fort : la puissance du goût. Et quant on sait que son jeune auteur, à peine sorti de l’école (Camondo), multiplie concours et récompenses après un stage d’un an chez Florence Doléac, les premiers projos s’imposent. Et qu’il travaille en direction du BHV ou d’Hermès, le particularisme qui l’a fait triompher chez Maggi s’impose. Projets ou travaux à découvrir sur www.benjaminmorin.fr. A suivre de près.

Culture Zap : Benjamin Morin, c’est qui ?
Benjamin Morin : Un free lance qui sort d’un univers familial d’entrepreneurs indépendants, à Orléans. A table, quand j’étais gosse, on ne parlait que travail. J’ai donc tout naturellement bâti ma petite agence éponyme. Je ne me voyais pas dans une grande enseigne, passer ma journée à dessiner sur un écran.

Culture Zap : Les travaux ou réalisations qui vous définissent le mieux ?
B. M. : Kub Or, bien-sûr, mais aussi mon travail sur un luminaire pour le BHV à partir d’une idée simple - l’essayage d’un chapeau/abat-jour qui change l’ambiance lumineuse pour un rapport au prêt-à-porter ; la Ligne d’horizon, modulable, plus facile à entretenir qu’un mur végétal, exposée aujourd’hui à Eindhoven, chez Design Huis…

Culture Zap : Déjà dans le sillage de Bergé
B. M. : En luxe, j’ai travaillé sur le concours Emile Hermès. Un projet non retenu qui me tenait à cœur. J’ai conçu une balançoire adaptable à toute structure horizontale. Une balançoire inspirée de Fragonard avec structure en multiplis moulée à l’image d’un arçon et lanières de cuir réglables, pour magnifier le savoir-faire sellier.

Culture Zap : Et aujourd’hui ?
B. M. : Je travaille avec un collectif de designers (A13) sur le thème de la perturbation qui prépare une expo à la Nicy Galerie dans le IXe arr. Sur des meubles, donc, qui auraient été déformés par les objets qu’ils contiennent. Je joue donc sur la déformation de la matière plastique.

Culture Zap : Vous travaillez donc sur les moulages, la matière…
B. M. : Je ne sais faire que ça. Je ne sais pas dessiner. Je conçois les projets en les réalisant à l’échelle 1. Et ma formation 50/50 design et architecture d’intérieur m’a aidé à ne pas penser qu’à l’objet lui-même mais aussi à son rapport à l’espace.

Eric Valz

centreduluxeCENTRE DU LUXE ET DE LA CREATION - Comment traduire dans un site Internet l’univers feutré et privilégié des marques de luxe que l’on retrouve en boutique tout autant que le caractère propre de la marque ? Mettez un casque, cela suffit à créer un écrin en simili sensoriel… en route pour la musique.

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